
Tour de France cycliste
Aujourd’hui, et pour une fois encore, débute le Tour de France, connu dans le milieu des cyclistes sous l’appellation de « la grande boucle »…
Epreuve sportive de dimension mondiale, extrêmement populaire, médiatisée par des dizaines d’heures de direct télévisuel, couvert par les radios, les journaux, sponsorisée par une multitude de firmes, et pourtant, et pourtant…
Depuis plus de dix ans, le retour du Tour ramène sur le devant la question du dopage et des pratiques illégales plus ou moins cautionnées par une partie des responsables et des instances médiatico-sportives…
Pour les observateurs attentifs du sport professionnel, il est bien clair que les enjeux financiers, avant toute chose, représentent le vecteur le plus puissant favorisant l’usage de substances pharmaco-chimiques aussi bien dans le cadre de la préparation que pour la compétition elle-même.
Sans dégager la responsabilité du sportif à titre individuel, je pense qu’à terme dans ce système où l’équipe et l’encadrement considèrent l’athlète comme un investissement devant produire une rentabilité financière, à terme donc, le sportif se trouve plutôt en position de victime.
Victime d’autant plus pénalisée, qu’au bout du chemin et d’une escalade sur la pente de la prise de dopant, le capital santé de ces sportifs se trouve gravement dégradé.
Et pourtant, et pourtant…
Le spectacle du Tour, offert à tous, est magnifique, quand on aime comme moi les balades en vélo, l’itinérant sur les routes secondaires, de notre si beau pays ! Même les non amateurs de la « petite reine », peuvent découvrir durant ces trois semaines des paysages, des villages et des villes, marquant les régionalismes si typiques, du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest !
Les images, permises par les moyens considérables mis en œuvre pour assurer le spectacle, sont toujours superbes. La nature, les champs et les blés, la montagne, les pentes et les cimes, le ciel, nuages ou soleil, dressent un décor majestueux dans lequel naviguent les champions de la route.
Et pourtant, et pourtant…
J’ai de l’amertume car on a cassé mes souvenirs naïfs de gosse assistant, enfant, aux arrivées d’étapes, chez moi en Bretagne, mais aussi, emmenant pique nique et sac à dos sur le col de la croix de fer après plusieurs Kms à pieds pour trouver un double virage panoramique !
Avec un vrai malaise sur l’authenticité des meilleurs… ;
Si chez nous, les équipes professionnelles françaises, la fédération cycliste, l’encadrement médical, la justice et la répression des fraudes ont fait chacun dans leur domaine, des avancées considérables, qu’en est-il des autres pays ?
Après plusieurs années de déclassement post-tour, d’exclusion en cours de course, peut-on accorder un crédit quelconque à tel ou tel champion ?
Les cyclistes français qui ont du mal à figurer parmi les meilleurs, du moins au classement général, sont-ils moins doués ou simplement plus respectueux de la nouvelle éthique ?
Et pourtant, et pourtant…
Durant combien d’années, les commentateurs, « journalistes ou anciens cyclistes » nous ont-ils narré les exploits surhumains de ces champions hors normes ! Etaient-ils tous, menteurs et tricheurs à l’insu de leur plein gré ? Tous ces commentaires plus faux les uns que les autres…
A nous expliquer pendant des années, que les taux d’hématocrite extravagants, et bien « c’est l’entraînement en altitude ! », que l’absence de transpiration y compris en pleine ascension et en plein été, et bien ça aussi « c’est l’entraînement ! » et puis tant et tant de commentaires complaisants…. Et nous le public, on y a cru !
Et pourtant, et pourtant…
Dans l’imaginaire de plusieurs générations de français, le Tour c’était « et c’est peut être encore pour certains », l’épopée moderne avec ses légendes, ses exploits sans pareil et puis ses drames. Tous ces champions qui au fil des décennies ont marqué par leur courage, « oui, le vélo à ce niveau c’est terriblement exigeant », leur personnalité, leur intelligence de course, leur adresse ou leur puissance ! Rouleur, sprinteur, grimpeur, spécialiste du contre la montre, équipier modèle, leader incontesté, patron du peloton, maillot jaune, vert, à poids, lanterne rouge, classement des étapes, du général, par équipe, forment une telle diversité que l’épreuve, chaque jour et durant les trois semaines de course, mais aussi encore longtemps après, suscite remarques, attrait, conjectures et discussion…
Et pourtant, et pourtant…
A mon grand regret, pour moi le spectacle est terminé… « ils ont cassé le jouet de mon enfance ! » L’environnement des professionnels du sport me laisse perplexe ! Pas seulement dans le cyclisme… Il suffit d’écouter les sommes des transferts dans d’autres disciplines…
Les dérives financières planétaires se retrouvent aussi dans ce domaine-là !
Dérives ? Ou placement délibéré d’une société où « les jeux » occupent une place de choix ! Les Romains nos ont appris qu’à défaut de projet politique, « le jeu ou les jeux » restent un outil de manipulation de l’opinion très efficace. Ils nous ont aussi montré que dans le déclin de leur grande civilisation, plus l’on avançait vers la débandade générale, plus le phénomène « jeux » a pris de l’importance… Tout cela donne à penser, argent, pouvoir, dopage, santé publique, médias… Dans notre univers d’images et de communication, rien n’est le fait du hasard…



photo Guidon Cyclosportif Pyrénéen
Le Tourmalet avec des barres de céréales, de l’eau…et une bougie à la Vierge Marie

Crevaison en haut du Tourmalet, lors de ma deuxième ascension, par très mauvais temps.
La descente, cette année là, vers Barèges et Luz-Saint-Sauveur sur route humide sera cauchemardesque.
Photo prise lors de la RCP, randonnée des cols pyrénéens il y a une vingtaine d’années…
Pau, Bagnère de Bigorre, Sainte Marie de Campan, Barèges, Luz-Saint-Sauveur, Argelès Gazost, Col de Couraduque, le soulor, l’Aubisque, les Eaux bonnes et retour à Pau
plus de 200 km dans la journée
Cinq fois dans ma vie j’ai affronté le col du Tourmalet avec des barres de céréales.
La première fois, j’ai allumé un cierge à la vierge Marie de Campan et je me suis lancé dans la montée du col.
Rituel, le méchant petit virage après Grip donne la cadence de la danse cyclique, vous pousse déjà au tréfonds de vous-même.
Dans la montée, inutile de raconter comment, le corps entier fait mal, la sueur inonde les yeux, les tempes et le coeur cognent.
L’eau tiède du bidon devient presque imbuvable, il fait chaud, très chaud, le bitume fait des mirages.
Dans l’odieuse pente de la Mongie, le sommet semble à portée de main, pourtant à chaque tour de roue ce salaud recule.
…je vous salue Marie pleine de grâce…je m’entends dire cela, la gorge en feu.
Plus que deux virages…je vous salue Marie pleine de grâce.
Ce sera bientôt la délivrance, bientôt la joie profonde d’être celui que l’on est.
Sans doute grâce à la bougie de ce matin ou à cause de cette ombre frissonnante en sépia apperçue dans la montée …
J’ai pensé à Jacques Anquetil.
Sur les coups de midi une pancarte en lettres blanches me sourit, Tourmalet altitude 2115 m, j’y suis, une larme au coin des yeux.
Entrainement préalable : 5000 km les mois précèdants sur les routes de Sologne, Sancerrois, Pyrénées.
Jean-François
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